[Interview] Christophe Lautray (FEM) : « L'intralogistique va générer en 2016 un chiffre d'affaires de 50 milliards d'euros en Europe »

Christophe Lautray, vice-président de la FEM.
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Interview de Christophe Lautray, vice-président de la FEM (Fédération Européenne de la Manutention) qui explique que, en matière d'automatisation des entrepôts logistiques, la France est au coude à coude avec l'Allemagne.

Comment se porte le secteur de intralogistique au plan européen ?

Il est en forte croissance, comme en témoignent les 13 associations nationales de constructeurs de matériels dédiés à la logistique et à la manutention qui composent nos adhérents. Répartis sur le continent européen, jusqu'en Turquie et en Russie, ils génèrent près de 160.000 emplois directs et réaliseront en 2016 plus de 50 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Sur le terrain, leurs premiers clients sont les industries, de tous types, mais également les entreprises de distribution, B2B ou B2C à l'instar des e-commerces ainsi que les logisticiens. Du coté des ventes, même si les chariots élévateurs continuent de faire des émules, le secteur bénéficie surtout de l'engouement très prononcé pour les systèmes automatisés. C'est bien simple : cette année, et depuis 2011, les constructeurs nichés sur ce segment bénéficieront d'une croissance à deux chiffres.

Quelle est la place de la France dans cette course à l'automatisation ?

Elle est au coude à coude avec l'Allemagne. S'il est vrai que notre voisin germanique a, par rapport à l'Hexagone, 4 fois plus de robots industriels en service, l'essentiel de leurs machines est destiné à équiper l'industrie. En effet, l'engouement pour l'automatisation est relativement nouveau au sein de la supply chain. Du coup, à présent, c'est bien au secteur logistique de s’équiper. Cela prendra au moins 10 ans. D'ici à 2030, tous les pays d'Europe peuvent donc saisir leur chance et prendre la tête sur ce sujet.

Les entrepôts seront-ils donc automatisés à 100 % ?

Pas forcément, car tout n'est pas automatisable. La première limite, c'est la technologie. Sur le papier on voit beaucoup de choses. Sur le plan médiatique, par exemple, on entend parler des drones logistiques... Mais il ne faut pas occulter le fait que ces aéronefs ne sont que des prototypes ! Ils sont encore loin de pouvoir se généraliser au sein des entrepôts. Pour l'heure, même les systèmes les plus performants se heurtent à la complexité du flux des matières qu'ils voient  transiter. Cette diversité de charge, c'est la principale problématique des distributeurs généralistes. Par exemple, ceux qui ont des centaines de milliers d'articles de toutes sortes à gérer. Concrètement, plus il y a de produits différents à manipuler, plus l'automatisation est difficile.

En outre, tous les processus n'ont pas vocation a être automatisés ! Pour avoir du sens économiquement, une politique d'automatisation doit forcément poursuivre un objectif de rentabilité. Très exactement, elle doit viser un retour sur investissement (ROI) inférieur à 5 ans. À partir de là, ce que les entreprises automatisent en priorité, c'est le convoyage sur de courtes distances, les systèmes de préparation de commandes, le stockage et le destockage des articles. Nous sommes plutôt dans une logique de semi-automatisation des entrepôts logistiques.

La technologie n'est pas le seul frein à la croissance...

Tout à fait, il y en a un autre. Il se situe au niveau des ressources humaines et c'est un problème qui se pose coté client. Car, pour soutenir le développement de systèmes intralogistiques, il leur faut de plus en plus d'ingénieurs qualifiés dans les domaines de la robotique, de la connectivité réseau ou encore de l'internet des objets. Or, pour l'instant, l'offre n'est pas en adéquation avec la demande. Les donneurs d'ordres sont majoritairement confrontés à des demandeurs d'emplois qui ne disposent pas des qualifications requises.

Comment remédier à cela ?

En favorisant l'attractivité pour notre secteur, afin d'attirer les talents. Souvent, les ingénieurs dont nous avons besoin ne connaissent pas la logistique. En outre, ils sont naturellement attirés vers des domaines à première vue plus séduisants, comme par exemple les robots humanoïdes. Notre rôle, à la FEM, c'est de leur faire aimer la robotique industrielle. Il s'agit d'un des grands défis à relever pour notre secteur dans les années à venir.

Quel autre défi pour les industriels de la manutention?

L'amélioration, encore et toujours, de la pénibilité au travail pour les opérateurs. C'est le point central sur lequel s'articule l'innovation intralogistique en général. Qu'il s'agisse d'automatiser les convoyeurs ou les magasins de stockage, le but, au final, c'est de rendre la préparation de commandes moins douloureuse et plus efficace.

Au final, l'automatisation mettrait-elle les opérateurs au chômage ?

Il n'y a pas de relation direct entre taux de chômage et automatisation. C'est démontrable en observant le cas de l'Allemagne qui culmine à 5 % en terme de chômage alors qu'il s'agit du pays le plus automatisé d'Europe. A court terme, bien sûr, on se retrouve à remplacer une tache manuelle par une tache automatique... Mais c'est positif à long terme car les entreprises deviennent compétitives, donc elles investissent, donc elles créent de l'emploi. C'est un cercle vertueux.

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