[Interview] Jan van der Velden (FEM) : « Les entrepôts doivent devenir de véritables usines logistiques »

Jan van der Velden, Président de la FEM.
© FME

A l'heure où le secteur intralogistique connait une forte croissance en Europe, les industriels préconisent d'automatiser les entrepôts à 95 %. Interview du président de la Fédération européenne de la manutention (FEM)

Quelles sont les principales tendances qui se dégagent du marché de l'intralogistique européenne ?

Le secteur de l'intralogistique bénéficie d'une forte croissance. Ce phénomène est directement lié à l'essor des entreprises du e-commerce qui, poussées par les consommateurs, accordent une place grandissante à la personnalisation des produits qu'elles commercialisent. Résultat, les entrepôts logistiques se retrouvent avec des flux de plus en plus complexes à traiter, principalement parce que les articles sont nombreux et de plus en plus variés. En parallèle, les cadences s'accélèrent. Or il apparaît clairement que les solutions logistiques traditionnelles ne peuvent plus suivre. En conséquence, pour satisfaire aux nouvelles exigences, notamment en matière de qualité de service, les entrepôts tendent à remplacer leurs processus manuels par des processus automatisés.
Certes, c'est un bon début mais il faut aller encore plus loin. Il faut développer des solutions proches de celles mises en œuvre dans les usines. On y observe des choses très intéressantes, à l'instar, dans l'industrie automobile, de la gestion continue des processus d'amélioration. Les entrepôts doivent implémenter des processus équivalents afin de se transformer et devenir de véritables usines logistiques.

Ces usines logistiques seront-elles automatisées à 100% ?

De 80 à 95 % seulement. Car l'automatisation ne peut pas se faire sans humain. Non seulement, il faut des techniciens pour s'assurer que tous les systèmes fonctionnent correctement mais il faut également des manutentionnaires capables de traiter les commandes complexes. Celles-ci représentent à peine 1 % de l'activité et concernent les produits exceptionnels qui s'éloignent du flux habituel. Pour pouvoir les gérer de manière automatisée, il faudrait des lignes spécifiquement dédiées... Infaisable, car ce ne serait pas rentable. La ressource la plus flexible, pour réaliser ce type de préparation de commandes, c'est l'humain.

Pourtant, paradoxalement, l'automatisation risque de mettre du personnel au chômage…

Je ne le pense pas. Ce n'est pas un hasard si des pays très automatisés, comme l'Allemagne ou les États-Unis, ont des niveaux de chômage très bas. C'est tout simplement parce qu'un phénomène de compensation se met en place : l'automatisation accélère l'essor du e-commerce, qui génère de nouveaux emplois. En particulier dans le transport et l'emballage.

Quelle est la place de la France dans la course à l'automatisation ?

Dans l'Hexagone, il y a beaucoup de projets d'automatisation qui voient le jour. Le groupe der grande distribution Leclerc a par exemple déjà automatisé plusieurs centres logistiques. Des chantiers sont également en cours chez Ventes Privée ou encore les 3 Suisses et La Redoute. J'estime que, dans un ou deux ans, la France aura de très beaux exemples à montrer. Dans moins de 3 ans, le pays se sera hissé au même niveau que l'Allemagne, qui est le leader incontestable de l'automatisation intralogistique en Europe.

Y a-t-il toutefois des freins à la croissance chez les industriels de l'intralogistique ?

Il y a en a quelques-uns. D'abord, les constructeurs manquent de personnels très qualifiés. En pratique, les ingénieurs connaissent peu l'intralogistique. Du coup, au moment de chercher un emploi, ils ont tendance à se tourner vers d'autres secteurs, en particulier vers l'automobile. Notre rôle, à la FEM c'est de les sensibiliser au monde de l'entrepôt. D'un coté, en faisant de la promotion, via la publicité. De l'autre, en multipliant les offres de stage à destination des jeunes, de 14 à 17 ans. L'objectif, c'est de susciter des vocations en leur donnant l'occasion de constater, concrètement, les solutions de très haut niveau sur lesquelles les constructeurs travaillent.

Y a-t-il des freins normatifs en matière d'intralogistique ?

Il y a plutôt un vide normatif autour de plusieurs équipements. Par exemple, les transtockeurs accusent un manque flagrant de standards internationaux. Pour pallier ce problème, la FEM émet des recommandations. Certaines, comme celle qui concerne le calcul des temps de cycle de transtockeurs, ont d'ailleurs été adoptées dans le monde entier. Reste à les convertir en norme internationale ISO afin de leur donner un caractère officiel. De cette manière les systèmes intralogistiques pourront peu à peu être harmonisés. Dès lors qu'une harmonisation globale des standards industriels surviendra, les systèmes logistiques deviendront simples et rapides à intégrer dans les entrepôts. Il faudra toutefois garantir le caractère libre et neutre de l'accès, pour les entreprises, aux marchés extérieurs.

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