[Interview] Renaud Buronfosse (CISMA) : « La manutention doit être agile, réactive, digitale et omnicanal »

Renaud Buronfosse, délégué général du Cisma.
© Cisma

Le secteur de la manutention profite de la reprise économique en France. Pour les professionnels de la manutention, c'est l'occasion d'investir dans de nouveaux équipements afin d'augmenter les cadences tout en réduisant la pénibilité au travail. Interview de Renaud Buronfosse, délégué général du Cisma (Construction Infrastructure Sidérurgie et Manutention).

Comment se porte l'intralogistique en 2016 ?

Plutôt bien ! On s'aperçoit que les petites entreprises investissent au même titre que les gros acteurs, même si, bien sûr, les montants ne sont pas les mêmes. En moyenne, la fourchette s'étend de 100.000 euros à 20 millions d'euros. En ce sens, la loi Macron (qui offrait un sur-amortissement de 40% pour toute acquisition d’un équipement neuf jusqu'à mi-avril) a eu un effet positif. Les entreprises en ont profité et escomptent un retour sur investissement (ROI) de un, deux ou trois ans maximum.

Qui sont les principaux apporteurs d'affaires ?

Essentiellement les industries agroalimentaires, pharmaceutiques et aéroportuaires. Ce dernier secteur offre la croissance la plus forte : il y a de plus en plus d'avions, donc plus de passagers et donc une augmentation du tri des bagages à effectuer. La messagerie est également porteuse car elle profite de la situation du e-commerce, un marché en pleine expansion. On observe ainsi l'essor des e-Drives, à l'instar de celui d'Amazon, le chantre de la livraison dans l'heure. Historiquement, la France compte beaucoup d'entrepôts. Cela la place donc en très bonne position pour soutenir les développements à venir.

Quelles sont les grandes tendances dans ce secteur ?

Une tendance lourde, c'est l'automatisation des entrepôts. Depuis 3 ans, on constate une accélération dans ce domaine. Il y a plusieurs raisons à cela. La première réside dans la nécessité de rejoindre le niveau de compétitivité d'autres pays européens, comme la Suède, les Pays-Bas, la Belgique et bien évidemment l'Allemagne. L'enjeu, aujourd'hui, c'est de gagner en productivité. Il faut être agile, réactif, digital et omnicanal. La seconde explication, c'est l'accroissement de l'offre en matière de matériels de manutention. Désormais, les constructeurs ciblent aussi bien les grands groupes que les PME et PMI. Les prix ont baissé donc, mécaniquement, la clientèle s'élargit et les gammes se diversifient. Dernière raison, la technologie devient plus flexible. Par exemple, les installations sont devenues modulaires. On peut s'équiper au juste prix en assemblant des tronçons autonomes et intelligents. Il y a 4 ans, c'était encore un défi technique. Maintenant c'est la norme !

L'automatisation a-t-elle un impact négatif sur l'emploi ?

Pas vraiment. Le matériel demande de la maintenance, des nettoyages fréquents ainsi qu'une surveillance constante. Du coup, même s'il est vrai que l'automatisation ne crée pas beaucoup d'emplois, elle en détruit peu. Ce qu'elle provoque, c'est surtout un changement dans la nature des postes. La finalité, c'est moins de porter des poids que de gérer des logiciels autour de soi. Autrement dit, à chaque nouvelle installation, il faut requalifier des salariés en techniciens de maintenance.

Cela peut-il améliorer la pénibilité au travail ?

Oui, mais il y a encore du chemin à parcourir. Les Troubles musculo-squelettiques (TMS) sont une grande cause nationale et ce problème n'est toujours pas résolu. Il est lié aux cadences, à la répétitivité des mouvements ainsi qu'aux mauvaises postures. Or, avec l'automatisation, les tâches sont encore plus répétitives et les cadences s'accroissent drastiquement jusqu'à atteindre des sommets. Pour faire, malgré tout, reculer le risque de maladies professionnelles, il faut, plus que jamais, soigner l'ergonomie des postes de travail, développer des systèmes qui réduisent l'amplitude des mouvements nécessaires et assister les salariés dans leurs tâches. Pour cela, il existe pléthore d'aides à la manipulation (comme par exemple les ventouses automatiques) et d'outils mécaniques robotisés. Il y a également les cobots, ces bras polyarticulés et intelligents qui augmentent les capacités physiques des opérateurs et que l'on commence à trouver presque partout dans l'industrie. Par ailleurs, le chariot sans conducteur, de type Automated Guided Vehicle (AVG), se développe de façon importante. Il est même possible de convertir des chariots traditionnels en chariots automatisés. Reste que ces équipements ont un coût non négligeable... Au Cisma, nous sommes favorable à la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) qui subventionne ces matériels capables de protéger contre les TMS.

Quid de la situation en dehors de l'entrepôt ?

Il y a une grande réflexion en cours sur ce sujet, celui de la logistique urbaine mais elle n'a pas encore abouti. Pour aider les livreurs à manutentionner leur chargement sans risque pour la santé, il faudrait développer des engins spécifiques capables de fonctionner aussi bien dans une grande surface que dans un petit magasin de centre-ville. Notez que, dans ce domaine, des équipements existent déjà. Comme par exemple le transpalette à voie étroite ou celui qui est capable de monter les trottoirs sans difficulté... Et puis il y a les drones qui se pointent à l'horizon.

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