L’inclusion des technologies digitales et leur potentialité dans la supply chain

L’omnicanalité a rendu les opérations commerciales et logistiques complexes, car les acteurs ont dû revoir de fond en comble toute leur organisation. Les innovations sont multiples, notamment en matière d’emballages, avec de nouveaux systèmes d’information et une robotisation croissante. L’objectif de la digitalisation de la supply chain est d’organiser la production et la distribution afin de répondre à la demande du consommateur, quel que soit le canal d’où cette demande provient.

Zoom sur l’accélération de l’automatisation dans la supply chain

Le marché français des équipements de manutention était en 2017 d’environ 4 milliards d’euros. En 2016, cela représentait 1,5 milliard dans les chariots industriels et 1,2 milliard en intralogistique. Un mouvement de bascule a eu lieu en 2017 avec 1,5 milliard dans l’intralogistique, et en 2018, cette progression a pris encore plus d’importance. L’automatisation, la robotisation et les technologies digitales en général jouent un rôle fondamental dans cette croissance.

Depuis trois ans, l’automatisation de la supply chain connaît un accroissement, poussée par la préparation de commande au colis en provenance de la grande distribution. Le fait que les grands retailers réduisent la taille de leurs stocks au niveau de leurs points de vente impose en effet de faire de la préparation de commande BtoB au colis. Il s’agit d’un phénomène nouveau, accélérateur puissant des technologies digitales.

Cette mutation vers une diminution des volumes unitaires bouleverse complètement le secteur, car la fonction première de l’entrepôt n’est plus le stockage, mais la préparation de commande toujours plus en temps réel. Les clients reçoivent les commandes le matin et doivent livrer dans la journée, avec des engagements forts en matière de temps de réponse. Cela les conduit à revoir la conception des systèmes qui sont centrés désormais sur la fonction de préparation de commande.


Besoins en technologies digitales et volumes

Les marques qui misent sur les commandes plutôt que sur les points de vente physique ont besoin de trois fois plus de volume de capacité de stockage et d’automatisation. De nombreux entrepôts sont passés d’une organisation multicanale (chaque entrepôt livre son canal de distribution) à une organisation omnicanale (à partir d’un même entrepôt, tous les canaux sont gérés).

Par ailleurs, les marques passent de plus en plus de flux poussés (fabrication, mise en stock et communication pour inciter à l’achat) à des flux tirés. En effet, le client est devenu central, tous les canaux sont à sa disposition et c’est lui qui commande le produit dans la supply chain. Ces flux tirés nécessitent des stocks « tampons » pour livrer le consommateur en temps réel. A cela s’ajoute une obligation d’être plus précis, en analysant les données de manière prévisionnelle.

En Italie comme en France, la digitalisation du commerce a amené une nouvelle génération de consommateurs avec un haut niveau d’attentes : ils souhaitent désormais être livrés en 24h et disposer d’un service client de qualité. Les objectifs traditionnels en logistique, management, amélioration des services et réduction des coûts sont les mêmes, mais sont aujourd’hui exacerbés.

Le comportement des consommateurs provoqué par la digitalisation provoque également un manque de main-d’œuvre en logistique. C’est la raison pour laquelle l’automatisation connaît cet essor. Cela participe à la réduction des coûts et permet d’être informé et d’assurer une traçabilité des produits sur la supply chain.

Quel est le rôle de la data ?

Il existe deux types de données, à savoir :

  • Les données commerciales liées aux consommateurs, auxquelles les fournisseurs n’ont pas accès.
  • Les données techniques, intérieures aux centres logistiques, qui constituent des informations déconnectées des données commerciales.

Les données sont utilisées pour optimiser la performance et aider le client à opérer son installation dans les meilleures conditions. Au sein de la supply chain, on cherche à suivre les produits de la fabrication jusqu’à l’utilisation, voire éventuellement jusqu’à leur retour auprès de la marque. En ce qui concerne le Big Data, c’est sans doute l’analyse prédictive de la demande qui représente la meilleure application.

La blockchain peut également constituer une solution, mais pas systématiquement. Carrefour, par exemple, a pris l’initiative d’utiliser des technologies digitales dans ses yaourts afin d’en assurer la traçabilité et l’origine. Il s’agit toutefois d’une technologie très particulière qui ne peut pas traiter tous les problèmes de traçabilité sur la supply chain.

L’IoT et les emballages

Aujourd’hui, il existe de plus en plus d’objets connectés à Internet, on parle de l’Internet des objets, ou IoT. D’ici 5 à 6 ans, tout le monde aura au minimum 10 appareils continuellement connectés à Internet. L’IoT permet de faire de la prévision afin d’anticiper d’éventuelles défaillances.

En équipant les machines de capteurs, il est possible de faire de la prévision pour anticiper d’éventuelles défaillances et maintenir un bon niveau de performance. Nous sommes d’ailleurs passés d’une ère de l’entrepôt logistique à de véritables usines automatisées qui concilient l’automatisation et les hommes.

L’automatisation détruit certes des emplois peu qualifiés, mais créé des emplois qualifiés dédiés à l’entretien des machines. Les métiers détruits sont ceux où l’on manque, à ce jour, de candidats. Les profils nouvellement recherchés sont à haute compétence, mais il importe de requalifier les salariés qui perdent leur emploi. C’est souvent l’entreprise qui prend en charge la reconversion de son personnel.

Pour Jean-Michel Guarneri, « en supply chain, soyons clairs, il n’y a qu’à traverser la rue et il y a des emplois à la clef, dans tous les secteurs d’activité ». En effet, la supply chain cherche à attirer des collaborateurs de tout niveau pour faire de la préparation de commande intelligente et assurer des fonctions très qualifiées d’ingénierie ou de commerce.

Intervenants
  • Renaud BURONFOSSE, CISMA
  • Pierre MAROL, B2A
  • Jos DE VUYST, FEM
  • Jean-Michel GUARNERI, ASLOG
  • Laurent SABATUCCI, EOL
  • Paolo BISOGNI, ELA