Comment garantir la sécurité sanitaire depuis l'affaire Lactalis ?

Un an après l’affaire Lactalis (contamination de lait en poudre infantile par des salmonelles), Laurent Tonnelier, fondateur de serviceTag, évoque les solutions qui s’offrent à la grande distribution ainsi qu’aux marques en matière de sécurité sanitaire. L’objectif de cette conférence qui s’est tenue lors du salon ALL4PACK Paris de novembre 2018 est de s’interroger sur la manière d’assurer la sécurité sanitaire des consommateurs, via des emballages bien conçus.

Un résumé de l’affaire Lactalis

Pour qu’un distributeur soit informé d’un retrait-rappel de produit, il dispose du code barre, du numéro de lot et de la date d’expiration. Chacune de ces informations se trouve à des endroits différents et sont imprimées à l’aide de techniques diverses sur les emballages, ce qui rend difficile le retrait-rappel lors du passage en caisse.

Concrètement, lorsque Lactalis a voulu retirer des lots concernés par la contamination par défaut de sécurité sanitaire, les demandes de retraits sont passées de quelque milliers de boîtes à des millions entre le 2 décembre 2017 et le 18 janvier 2018. Pour chaque produit, une information de retrait était associée à un certain nombre de références, lots ou dates d’expiration.

L’opération de retrait fut à l’origine d’une série de supports PDF avec un listing contenant 15 pages et qu’il aurait fallu mettre à disposition de tous les systèmes de caisses, crèches, hôpitaux ou pharmacies. L’échec de la procédure de retrait, initiée en raison du problème de sécurité sanitaire, a eu raison des différents circuits de distribution et de l’incapacité des uns et des autres à identifier les bons produits.

Des plaintes ont donc été déposées lors de cette affaire de sécurité sanitaire, car des produits contaminés ont été vendus malgré le retrait. La société Lactalis s’est vue contrainte de retirer l’intégralité de la référence en janvier, soit des dizaines de millions de boîtes.

En d’autres termes, l’identifiant produit est utile, mais des éléments d’impression différents et des listings non automatisés constituent des éléments contraignants. Les retraits ont été retardés car il était quasi impossible de repérer les bons lots.

Quelles sont les solutions pour garantir la sécurité sanitaire ?

L’objectif est de parvenir à fusionner au sein d’un même identifiant la référence et le lot, sans avoir à démultiplier les références sur l’emballage.

Le code barre EAN est apparu en 1973 avec pour vocation l’automatisation du passage en caisse. Il était possible d’associer un prix à ce code barre et d’ainsi aller plus vite. Des logiciels tiers ont par la suite utilisé cette codification pour le grand public, notamment via des applications mobiles.

Une évolution possible de ce système est de dépasser la barrière du code linéaire, qui ne peut contenir que quelques chiffres. Un candidat au remplacement du code barre de 1973 pourrait être le GS1 Digital Link, qui est un QR Code. Ce nouveau dispositif contient un identifiant dont le format est le même que celui du code barre. À sa lecture, il est donc possible d’aller chercher l’identifiant produit et d’y associer un prix.

On bénéficie également d’un lien URL qui permet à toute marque de le relier à son contenu, ainsi que la date de consommation, le numéro de lot, voire même le numéro de série d’un objet en particulier. L’arrivée du Digital Link conduirait à deux changements principaux :

  • Les imageurs doivent être capables de lire le code et d’en donner une interprétation
  • La fabrication du code doit être effectuée

Au lieu de choisir un QR code à vocation purement marketing, les marques peuvent également bénéficier de la référence produit à même ce lien. Elles disposent ainsi d’une meilleure association du contenu imprimé au digital.

Lors de l’affaire Lactalis, on sait que la procédure de retrait-rappel a posé problème en raison de l’absence de moyens techniques. Pourtant, ces moyens existent et sont utilisables tant par les distributeurs et les marques que par les consommateurs (pour avoir des informations).

Pour de très grandes enseignes, le marquage ne représente pas un surcoût trop important, alors que pour les petits fabricants, une réflexion doit être menée. L’impact du changement de logiciel pour les caisses est faible, cependant, il est essentiel de veiller à ce que les petits commerçants ne soient pas exclus du dispositif.

Aujourd’hui, il y a des étiquettes sur lesquelles un numéro unique peut servir à la fois de contrôle qualité dans la traçabilité et de support à l’animation de jeux-concours. Il est possible de fusionner tous ces systèmes au sein d’un seul identifiant avec le QR code. Par exemple, un conditionneur qui livre plusieurs distributeurs peut gérer ses références et circuits de distribution de façon centralisée.

En se séparant du code barre au profit du QR code, les différents services des entreprises devront adapter leurs systèmes d’information (logistique, marketing, responsable promotion et circuits de distribution). Par ailleurs, le choix d’un standard utilisé à l’international est loin d’être anodin, puisqu’aucune autre initiative ne serait partagée par un si grand nombre de marques et de distributeurs.

Le Digital Link permettrait l’arrêt d’un incident de sécurité sanitaire du type Lactalis, en détectant les lots et non les références. Les premiers candidats à la mise en œuvre seront le lait infantile et les produits à risques, principalement à destination des enfants.

Intervenants